Nourri de nombreuses rencontres, artistiques, intellectuelles et humaines, mon travail s’est orienté depuis plusieurs années vers la constitution d’une vaste collection d’objets, d’outils, d’imageries et d’accessoires divers… Une accumulation de matières, matériaux et matériels.
C’est un environnement en perpétuel devenir où s’élaborent quantité de petits évènements, de questionnements ou de simples propositions, accumulés eux-mêmes, mis en scène, compulsés dans des boîtes, écrins ou meubles, accumulés à leur tour, fragments de culture aussi intimes qu’universels…
Ce pourrait être un cabinet médical, un cabinet d’amateur, un cabinet de curiosités, un cabinet de réflexion…
L’axe principal de mon travail se situe dans le rapport au monde des sciences et au médical en particulier avec son lot d’accessoires, d’instrumentation et de mises en scène, son iconographie, ses codes et son histoire mais aussi et surtout son champ d’action : le corps ; le corps comme champ d’observation et d’investigation.
Il s’opère un jeu d’analogies entre le vivant du corps (anatomie, physiologie) et les éléments organiques mis en œuvre (racines, fragments de bois voire d’autres matériaux simplement évocateurs de fragments d’organes), jeu auquel s’oppose en quelque sorte une instrumentation toute « minérale » (métal, verrerie, éléments ou composés chimiques…) mais toujours évocatrice de schémas relatifs au médical (préparations anatomiques, systèmes circulatoires et autres, opérations, écorchés…) ; un corps presque systématiquement en morceaux, désorganisé, chirurgisé, un corps fragmenté à des fins fictives classificatoires ou analytiques, puis réorganisé.
De ma formation classique en sculpture à l’École Boulle (Paris, 1988-1994) j’ai gardé un rapport particulier au bois, aux matériaux nobles et à la belle ouvrage.
Un intérêt pour l’Histoire de l’Art resurgit dans mon travail, par bribes, en citations formelles ou thématiques, références à des thèmes récurrents de la peinture et de l’art sacré. Les techniques employées ont, elles aussi, souvent une implication historique ou symbolique…
Je porte également un regard sur de vieilles visions du monde et les pensées d’alors quant aux médecines anciennes ou les conceptions de l’univers ; un certain regard sur les sciences qui amène à la notion de cabinet de curiosités, tant l’évocation formelle parle d’elle-même : accumulations, classification, « classifiction », associations dans des boîtes, d’images et d’objets divers et intrigants qui font sens par leur confrontation, par les résonances qui s’opèrent entre et parmi eux et par les dialogues ou les interrogations que leur mise en place génère. On peut penser le cabinet de curiosités comme ancêtre commun aux institutions muséales et aux démarches scientifiques modernes de classification.
C’est là que l’installation prend toutes ses dimensions.
Depuis sa première installation en 2001, mon Cabinet/Laboratoire a été démonté, déplacé puis réinstallé plusieurs fois. Il subit à chaque mouvement de nouvelles transformations.
Mais s’il est étroitement lié à l’atelier et à ma manière de travailler, c’est aussi et surtout en sortant de l’« écrin de l’atelier » pour s’installer en d’autres lieux, particuliers, eux-mêmes chargés de sens, qu’il prend tout le sien, en se nourrissant de chaque nouvel environnement comme d’un écrin ultime…




